mardi 20 février 2018

Mai 68 vu des Suds

À l’initiative de Jacques Sauvageot – hélas brutalement décédé alors qu’il la préparait –, le Réseau Sortir du colonialisme, le Cedetim et l’Institut Tribune socialiste (ITS) ont choisi d’évoquer Mai 68 à partir des Suds, par une série de rencontres publiques et de débats. Ils le font à l’occasion de la treizième Semaine anticoloniale et antiraciste, organisée en mars 2018. 

Six fondations et associations (Fondation IPAM, ITS, Fondation Gabriel Péri, Fondation de l’écologie politique, Fondation Copernic, Espace Marx) ainsi qu’un centre de recherche (le Centre d’histoire sociale du xxe siècle) soutiennent cette initiative, également soutenue et promue par Mediapart. 

L’objectif, explicité dans la note ci-après, est de mettre en lumière le « mouvement mondial de Mai 68 vu des Suds » au cours de la période 1965-1973, afin de comprendre comment ses ressorts profonds, trop oubliés, font encore sens et trace aujourd’hui. 

10 mars : Les luttes d’aujourd’hui ont besoin de la perspective d’un autre demain

Invitation à une  séance de travail ouverte à toutes et tous 

Samedi 10 Mars de 9h30 à 16h30 
au siège de l’Union syndicale Solidaires 
31 Rue de la Grange aux Belles, 75010 Paris 


co-organisé par Le réseau (AAAEF), l’Association Autogestion, ATS, l’OMOS, l’Union syndicale Solidaires. 



• De plus en plus nombreuses sont les voix qui prônent de ne pas se limiter à dire NON. Le système capitaliste peut-il encore intégrer des compromis structurels de types fordiens ou keynésiens ? 

lundi 12 février 2018

Forum Social Mondial: espace ouvert ou organisation? Quelques idées à propos des discussions sur l'avenir du FSM

par Chico Whitaker, Jorge Abrahão, José Correia Leite, Mauri José Vieira Cruz, Moema Miranda, Oded Grajew, Salete Valesan, Sergio Haddad. 


En février 2000, des représentant.e.s de huit mouvements sociaux, syndicats et ONG brésilien.ne.s ont répondu à l'invitation d'Oded Grajew, alors coordinateur du mouvement "CIVES - Entrepreneurs pour la citoyenneté", pour discuter, dans son bureau de São Paulo, d’une proposition d’organisation d’un "Forum Social Mondial". Aucun d'entre nous n'imaginait, à l’époque, la dimension que prendrait ce Forum. Ni que, dans notre diversité d'engagements et d'actions, nous développerions ensemble, pendant de nombreuses années, une réflexion intense sur la forme et le sens de mise en œuvre de cette proposition de Forum, et vivrions un réapprentissage dans la façon de faire de la politique. 

Nous ne prévoyions pas non plus que le FSM deviendrait un processus autonome, un «bien commun de l'humanité» utilisé librement par des collectifs découvrant son utilité pour leurs luttes, avec des forums sociaux régionaux, nationaux et locaux, et, dernièrement, thématiques. Ni que sa méthodologie, horizontale et plurielle, soit adoptée dans les espaces les plus divers, comme symbole d'une nouvelle forme d'organisation. 

jeudi 1 février 2018

« L’autogestion en mai et juin 1968 en France » 26 mai à Paris. Appel à témoignages et contributions

Le cinquantième anniversaire de mai et juin 1968 sera l’occasion de commémorations où, à n’en pas douter, beaucoup sera dit, le meilleur comme le pire, mais aussi beaucoup risque de rester dans le silence. 

Mai et juin 1968 ne furent pas qu’une rébellion étudiante, pas plus qu’on ne saurait la restreindre à une simple révolution culturelle des mœurs. Ce fut une grève générale inédite, en France la plus importante du 20ème siècle avec neuf millions de grévistes, ce fut une crise sociale, politique où s’est posée concrètement la question non seulement des pouvoirs, mais du pouvoir politique lui-même. 

Si la « révolution de mai » n’a pas triomphé, elle ne fut pas défaite. Au cours de ces semaines une profonde aspiration des individus à décider collectivement de leur présent et de leur futur, dans les lieux de travail, dans les quartiers et les campagnes est apparue ; loin de s’éteindre, elle s’est renforcée dans les années suivantes. 

mercredi 31 janvier 2018

Penser le présent. Retour sur une conférence de François Cusset, par Yvon Kervella

L'université populaire d'Amiens recevait l'historien des idées François Cusset ce 29 janvier, un choix motivé par la qualité de son travail de clarification critique des catégories analytiques qui entendent rendre compte du "néo-libéralisme". 

A elle seule, l'attention soutenue de la centaine de femmes et d'hommes présent.e.s atteste de l'intérêt que rencontre l'UPA qui entre dans sa neuvième année ; la création en fut en effet décidée au sein du mouvement anti-Pécresse de 2009, opposé au désengagement du budget soumis au Parlement du financement des universités. 

Moquant les glissements droitiers et les bavardages sur le peuple, l'historien rappelle que les phases de basses intensités à gauche sont aussi des phases de recomposition des pratiques et des conceptions. Son intérêt va aux démarches de connaissances critiques, et c'est également avec une grande ironie que l'universitaire récuse les attentes de prêt-à-penser et les postures de "maîtres penseurs". 

mardi 30 janvier 2018

2018 : Penser la conjoncture néo-souverainiste, notes d'Eugène Bégoc

Peinture de Jules Granjouan, musée de Nantes
  1. 1 - Depuis 2008, la conjoncture européo-atlantiste n’a été stabilisée qu’au prix de lourdes hypothèques.
2007-2008 a mis au grand jour les failles invraisemblables du monde de la globalisation financière, spécialement sa forte dimension de spéculation immobilière. Depuis la conjoncture mondiale n’a pas retraversé de ruptures d’ampleur comparables et l’économie paraît même stabilisée en Amérique du Nord, au Japon et en Europe.

Ce résultat n’a toutefois été atteint qu’au prix de lourdes hypothèques :

• Une évolution de la hiérarchie financière et politique au sein du système mondial des Etats : le rachat par les finances publiques des dettes bancaires pèse davantage sur certains Etats que d’autres, ce qui près de nous a affecté brutalement les habitant.e.s du Portugal, de la Grèce et de l’Irlande, mais aussi et d’une autre manière les populations britanniques ;

lundi 22 janvier 2018

L'Europe et le mouvement sociale européen, par Gus Massiah

Nous vivons une période de grands bouleversements et de grandes incertitudes. Une période de fortes contradictions qui structurent le champ des possibles et qui confirme que l’avenir n’est pas prédéterminé. 

Trois remarques préalables à une réflexion sur l’Europe 

La compréhension de l’Europe ne se résume pas à un retour vers son passé. L’Histoire s’écrit du présent, à partir des questions qui se posent vers l’avenir, vers le passé pour aider à les comprendre. Il s’agit de partir des défis qui se posent au monde et du rôle que l’Europe pourra y jouer. 

L’Europe ne se réduit pas à l’Union Européenne. Elle est confrontée, au-delà des formes institutionnelles à la redéfinition du politique du local, au national et au mondial ; et à la place des grandes régions dans l’organisation du monde. 

Notre interrogation principale porte sur la construction d’un mouvements social européen. Cette méthode qui privilégie le point de vue des mouvements sociaux et citoyens s’inscrit dans la démarche du mouvement altermondialiste. 

vendredi 19 janvier 2018

Populismes, émancipation, autogestion en débat le samedi 24 mars au Maltais Rouge à Paris

Populisme ; depuis quelques années, ce terme s’est invité avec force dans le débat public, plus particulièrement en Europe avec l’émergence de forces politiques qui se réclament ouvertement d’une telle école de pensée ou qui sont qualifiées de « populistes » par un certain nombre d’observateurs et de médias. 

L’élément nouveau est qu’à l’opposé des populismes d’extrême-droite des expressions populistes s’expriment dans les gauches européennes et viennent de connaître des succès électoraux significatifs. Elles ont souvent en commun d’appuyer leur discours sur une opposition entre le « peuple » et une « élite » (« oligarchie », « caste ») et de s’incarner dans tel ou tel personnage censé « porter la parole du peuple ». 

Elles marquent la résurgence dans nos sociétés de courants politiques qui, pour certains, plongent leurs racines dans une tradition déjà ancienne, comme le populisme russe de la seconde moitié du 19ème siècle. 

Industrie automobile , qui conduit ? Soirée débat à Paris jeudi 8 février 19h à l’Union syndicale Solidaires 31 Rue de la Grange aux Belles

Appropriation sociale du secteur automobile 

Le marché du secteur automobile est aujourd’hui dominé par une poignée de multinationales qui développent des stratégies mondiales de production comme de commercialisation. 

De ce point de vue, il est difficile de penser la socialisation de ce secteur économique au travers d’une nationalisation ou d’une hypothétique transformation en coopérative. Par ailleurs, ce secteur a une importance stratégique majeure vis-à-vis de l’enjeu écologique que représente le réchauffement climatique. 

Pour initier une réflexion sur le contenu d’une telle socialisation, nous avons choisi de nous inspirer de l’exemple de Renault en invitant deux responsables syndicaux du groupe. Leur intervention sera suivie d’un débat ou chacune et chacun sera invité-e à construire avec nous les chemins possibles d’une socialisation de ce secteur. 

vendredi 5 janvier 2018

Catalogne, Corse : pourquoi Roger Martelli fait fausse route, par Bruno Della Sudda et Patrick Silberstein

Roger Martelli a eu la bonne idée de rapprocher la Corse et la Catalogne dans une récente tribune publiée par Libération (lire ci-dessous). Même si les situations en Corse et en Catalogne ne sont pas identiques, il y a tout lieu de se réjouir de ce rapprochement, particulièrement pour une "gauche de gauche", pour reprendre ses termes. 

Car ce qui justifie ce rapprochement, sur le fond, c'est bien ce qui est commun aux deux situations, et qui a fait l'objet de commentaires dans toute l'Europe : l'aspiration des peuples à l'autodétermination. 

C’est malheureusement une aspiration et un droit qui sont absents de la tribune de Roger qui passe donc, hélas, à côté de l'essentiel. Il fait le choix d'opposer le « eux et nous » et l'option « identitaire » – procédé rhétorique pour le moins malvenu - au clivage social cher à la gauche et à ce à quoi il renvoie : l'aspiration à se soustraire à la domination pour aller à l'émancipation. Or, c'est précisément cette volonté de se soustraire à la domination et l'horizon de l'émancipation qui pointent en Corse comme en Catalogne au travers de l'aspiration à l'autodétermination. 

Que cette volonté et cette aspiration ne soient pas partagées par toutes et tous, c'est l’évidence. Que, comme tout processus social et politique radical, celui-ci sécrète la réaction, est une autre évidence. Que cette volonté et cette aspiration s'expriment sur le plan électoral par des canaux extérieurs à la gauche en Corse et en partie extérieurs à la gauche en Catalogne, c'est la réalité. 

vendredi 22 décembre 2017

Les élections en Catalogne constituent un camouflet pour Rajoy !, par Richard Neuville

Les élections du 21 décembre convoquées par le gouvernement de Mariano Rajoy étaient censées clore la séquence récente d’un bras de fer entre la Catalogne et l’État espagnol, entre velléités « séparatistes » et « unionistes ». Or, elles ont été organisées dans un contexte de tensions exacerbées suite au « coup d’État constitutionnel » d’octobre dernier, avec des responsables politiques et associatifs emprisonné-e-s, d’autres poursuivi-e-s ou en exil à Bruxelles, à l’image du président destitué de la Catalogne, Carles Puigdemont, et des procédures judiciaires à l’encontre de centaines d’élu-e-s et de militant-e-s. 

La phase du processus d’autodétermination de juin à décembre aura été trop intense pour qu’elle s’interrompe après ces élections et les résultats le confirment. En effet, le mouvement est trop enraciné pour qu’il s’évanouisse à l’issue d’une campagne électorale surréaliste et qui s’est déroulée dans des conditions délétères. 

Avant d’analyser les résultats, revenons sur les principaux moments de cette dernière période. Entre le 9 juin, jour de l’annonce de la convocation du référendum d’autodétermination, et le 7 décembre, jour de la manifestation importante à Bruxelles, le gouvernement catalan a poursuivi la procédure de consultation de la population pour l’indépendance, l’accumulation de forces engendrée depuis juillet 2010 a confirmé ses potentialités de mobilisations et le pouvoir central a montré son vrai visage en réprimant fortement le mouvement, en suspendant les institutions catalanes et en instaurant un climat de tension. 

lundi 18 décembre 2017

Dépasser l'état en Misarchie et ailleurs, Rencontre le 24 janvier avec Emmanuel Dockes

Dans Voyage en Misarchie, Essai pour tout reconstruire, Emmanuel Dockès imagine un pays si évolué qu’il aurait depuis longtemps abandonné le système capitaliste. Un pays qui aurait à la fois supprimé la propriété comme moyen de domination et l’Etat lui-même ! 

C’est en particulier autour de cette idée que nous vous proposons de réfléchir avec nous et Emmanuel Dockès, le 24 janvier prochain à Paris. 

En Misarchie, l’État a été remplacé par une juxtaposition de « districts », des « communs » auxquels les habitants adhèrent automatiquement, en fonction de leur présence sur un lieu donné et des services publics à organiser. Ceux-ci sont complétés par des « associations » (associations à but non lucratif, entreprises…) auxquelles l’adhésion est libre et volontaire. Ces structures s’appuient sur une loi fondamentale, sur laquelle se superposent les législations des districts ou des associations. Emmanuel Dockès, juriste de profession, nous exposera les fondamentaux de cette nouvelle architecture institutionnelle. 

dimanche 17 décembre 2017

Garanties judiciaires : la citoyenneté dégradée, par Eugène Bégoc

Le 4 octobre dernier Pourparlers en Picardie débattait de la nature et de la portée des contrôles à l'encontre des réfugié.e.s. Ce 14 décembre, l'association sollicitait de Richard Kempf, avocat, le bilan législatif des obligations administratives de respect des libertés fondamentales. 

1. Visites et saisies, nouvelles prérogatives de police administrative 

Les perquisitions menées en dehors du cadre judiciaire sont désormais entrées dans le droit français : l'article L. 229-1 du code de sécurité intérieure établit que tout préfet peut faire procéder à des "visites et saisies". La personne qui la subit est ensuite privée de recours judiciaire : le magistrat pénal ne peut pas être saisi, seul le juge administratif est compétent, autrement dit "l'administration juge l'administration", l'administration donc est à la fois juge et partie. 

jeudi 14 décembre 2017

Le retour au premier plan du droit à l’autodétermination des peuples, par Richard Neuville

Passé le temps de la décolonisation et de la poussée nationalitaire des années 1970, le droit à l’autodétermination des peuples semblait oublié dans l’Hexagone et voilà, qu’en cet automne, il resurgit avec une grande acuité. 

La victoire des formations nationalistes (autonomistes et indépendantistes réunis) en Corse, les litiges dans la définition du collège électoral pour le référendum d’autodétermination prévu en Kanaky en 2018 et la proclamation symbolique de la République catalane (même si le sentiment nationaliste s’exprime peu en Catalogne du Nord) sont l’expression du retour au premier plan de la question nationale. 

La République française, chantre des droits humains, ne concède même pas les droits culturels en métropole, elle n’a toujours pas signé ou ratifié les conventions du Conseil de l’Europe : la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales de 1991 (non signée) et la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires de 1992 (non ratifiée par le Parlement). Les rapports de domination coloniale sont toujours présents comme l’ont révélé les événements dans les « départements » d’outre-mer en Guadeloupe en 2009 ou en Guyane au printemps dernier.