mercredi 22 janvier 2020

Pourquoi ont-ils tous peur du post-colonial ?, par Achille Mbembe


À peu près tous les deux ou trois mois, le public lettré d’expression française est convié à un curieux sabbat au cours duquel des sacrificateurs patentés procèdent à l’immolation rituelle non point d’un bélier, d’un agneau ou de tout autre bouc émissaire, mais du postcolonialisme. Cela fera bientôt vingt ans que dure le manège et rien, en l’état actuel des choses, ne semble – hélas – devoir l’arrêter. 

Pour Edward W. Said (1935-2003) et James Arthur Baldwin (1924-1987) Contrairement à Edward Saïd, Homi Bhabha ou Gayatri Spivak, je ne suis pas un théoricien du postcolonialisme, encore moins l’un des grands prêtres de la pensée dite décoloniale et dont l’essentiel des thèses, tout comme au zénith de la théorie de la dépendance (ou de ce que l’on appelait alors « le développement du sous-développement »), nous viennent d’Amérique Latine. 

Des subaltern studies (un important courant de pensée historiographique né en Inde dans les années 1980), je n’en ai entendu parler qu’au début des années 1990, lorsque je me suis établi aux États-Unis après des études à l’université de Paris I-Panthéon Sorbonne et à Sciences-Po. 

mardi 21 janvier 2020

Où va l'Amérique indo-afro-latine ? Les vidéos

Le 12 Octobre dernier, le Réseau a tenu une journée de travail et de réflexion consacrée à l'évolution des expériences progressistes en Amérique indo-afro-latine. Il s'agisssait pour nous de comprendre où en sont ces expériences, leurs réussites et leurs échecs, bousculées qu'elles sont par l'offensive néo-libérale et la poussée réactionnaire. Il s'agissait aussi de prendre la mesure des luttes et des mouvements populaires qui s'y déroulent, des perspectives d'alternative dont ces mouvements sont porteurs. 

Nous publions ici les vidéos des interventions qui ont été faites au cours de cette journée 

AVERTISSEMENT : Notre journée s'est tenue le 12 Octobre. Les contingences militantes de la période, en particulier le mouvement social contre la contre-réforme des retraites, ne nous ont pas permis de publier les vidéos plus tôt. 

Des événements importants se sont produits depuis à l'échelle du continent sud-américain : retour du péronisme en Argentine, défaite électorale du Frente Amplio en Uruguay, renversement d'Evo Morales par ce qui s'apparente à un coup d'état en Bolivie. Ces événements peuvent conduire à relativiser certains propos de nos intervenant-e-s. Pour autant, ils ne remettent pas en cause l'essentiel de leurs analyses 

mardi 14 janvier 2020

Groupe racisé, racisme, anti-racisme, islamophobie : quelles approches et quelles luttes ?

Notre Réseau ayant prévu d'organiser un débat sur le thème "Groupe racisé, racisme, anti-racisme, islamophobie : quelles approches et quelles luttes ? fin mai-début juin, nous reproduisons ici les différents textes qui viennent de paraître dans Médiapart sous l'appellation "Les métamorphoses de la question raciale" et qui reflètent en bonne partie nos préoccupations. 

Guy Giani

Les métamorphoses de la question raciale  
Les controverses de la race 

PAR JOSEPH CONFAVREUX ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 26 DÉCEMBRE 2019 

Pourquoi les antiracistes tiennent-ils à employer le mot « race », quand les députés ne veulent plus en entendre parler, au point d’avoir voté le retrait de ce terme de la Constitution ? Cartographie des lignes de front d’une controverse publique et politique parfois décrite comme une guerre civile de basse intensité, prête à exploser. Premier volet de notre série sur la reconfiguration des débats intellectuels et militants autour du racisme et de la question raciale. 

« L’offensive des obsédés de la race », titre Marianne. « Les décoloniaux à l’assaut des universités », enchaîneL’Obs. « Le décolonialisme, une stratégie hégémonique », dénonce un appel d’intellectuels dans Le Point, journal qui s’en prend à « ces idéologues qui poussent à la guerre civile ». « Comment le racialisme indigéniste gangrène l’Université », prétend dévoiler le FigaroVox… À lire de nombreux titres de la presse française, la France serait au bord de la guerre civile, en raison de l’activisme de minorités issues des anciennes colonies, décidées à dynamiter la République, disloquer l’Universel et mener la lutte des races. 

vendredi 27 décembre 2019

Les besoins artificiels,comment sortir du consumérisme ? Entretien avec Razmig Keucheyan

« On pourrait construire notre liberté sans qu'elle passe par la consommation » 
Annabelle Laurent 

On a parlé de consommation compulsive, d'avions low-cost, d'extension de garantie, d'Amazon, du secteur de la logistique comme « nouvelle classe ouvrière du XXIe siècle », d'effondrement ou encore de dictature verte avec le sociologue Razmig Keucheyan, auteur du livre Besoins artificiels, Comment sortir du consumérisme (La Découverte, Zones, 2019). 

Seule une minorité d’entre nous peut, aujourd’hui, observer la nuit étoilée. La pollution lumineuse, aussi dénoncée pour ses nuisances sur la santé et sur l’environnement, soulève une question : quel seuil fixer pour que l’éclairage artificiel, besoin légitime, ne soit pas - avec des lampadaires allumés toute la nuit dans une rue peu empruntée - un éclairage excessif, source de pollutions ? De quoi avons-nous vraiment besoin ? Partant de ce sujet peu traité, le sociologue Razmig Keucheyan, auteur du livre Besoins artificiels, comment sortir du consumérisme (Zones, 2019), déroule son argumentaire. À l’heure de l’urgence climatique et de la nécessaire transition écologique, nous produisons et consommons trop. Le sociologue pointe le capitalisme, productiviste et consumériste, qui nécessite que soient mises sur le marché des marchandises nouvelles, et que soient générés des « besoins artificiels » toujours nouveaux. Il propose une feuille de route à la dimension politique assumée, pour inviter à « combattre le capitalisme sur son propre terrain » et trouver ainsi des solutions à la crise environnementale. 

vendredi 20 décembre 2019

Violences policières et mensonge d’Etat


Dans son avant-propos, « Vous avez raison, Monsieur le Président, Geneviève n’allait pas faire ses courses », publié avec l’aimable autorisation des Editions SyllepseBruno Della Sudda insiste sur le droit de manifester et de contester les options gouvernementales, les mensonges des uns, les médailles décernées à des policiers impliqués dans des violences… et les soutiens à l’échelle nationale et internationale à l’autrice victime de ces violences policières, sans oublier les millions de francais·es contraint·es par les violences sociales entraînées par les contre-réformes néolibérales. 

Il présente Geneviève Legay, son parcours de vie, « Il renvoie à un destin singulier, fait de choix, de ruptures aussi et de bifurcations assumées, de difficultés et d’engagements, dans lequel des millions de femmes de sa génération – mais aussi plus jeunes – peuvent se reconnaître. Ce n’est donc pas un destin subi, c’est un destin en bonne partie choisi, celui d’une combattante qui a pris le chemin de l’émancipation individuelle et collective et qui a décidé de s’intégrer à des cadres collectifs dont elle a beaucoup appris autant qu’elle leur a apporté. Toutes les rencontres que ces cadres collectifs ont permises l’ont aidée à se construire ». 

Il nous parle aussi de celles et ceux qui « n’acceptent ni les injustices et les inégalités ni les discriminations, toutes celles et tous ceux qui n’ont pas renoncé à changer le monde ». 

Mémoires filmées de Mohammed Harbi

Depuis 2011, le documentariste et réalisateur Bernard Richard avec Robi Morder, sur une idée de Claude Kowal et avec la collaboration des éditions Syllepse, enregistrent les Mémoires filmés de Mohammed Harbi. 

À la fois archives, souvenirs personnels et leçon d’histoire en 37 heures. Mohammed Harbi nous amène, à partir de l’histoire du mouvement de libération de l’Algérie et de son indépendance, à appréhender le présent. 

Rejoignant le mouvement nationaliste à 14 ans, membre de la direction de la fédération de France du FLN, Mohammed Harbi fut l’un des principaux promoteurs de l’autogestion après l’indépendance, emprisonné après le coup d’État de Boumedienne, il s’évade et est devenu un historien reconnu de l’Algérie contemporaine. 

Comme ses ouvrages, son témoignage filmé constitue un apport essentiel à la compréhension de la révolution algérienne, de ses échecs et des possibilités ouvertes. Ne bénéficiant d’aucun soutien matériel institutionnel, les heures de tournage, les relectures et visionnages, le montage ont été assurés gracieusement par les initiateurs qui ont fourni le matériel (caméras, micros, etc.). 

mardi 17 décembre 2019

Mascarade électorale en Algérie, par Jean Michel

L’Algérie connaît depuis février dernier une mobilisation sans précédents de sa population pour refuser le « système », c’est-à-dire le pouvoir militaire (à peine masqué par le FLN-1) qu’elle connaît depuis son indépendance (sinon avant…). 

Cette mobilisation massive tous les vendredis (le « Hirak ») qui a plusieurs fois dépassé le million de participants à Alger et les 10 millions dans l’ensemble du pays (notamment en mars et le 1er novembre) a obtenu des succès incontestables, notamment la démission de Bouteflika (2 avril) et le report de deux élections présidentielles (18 avril et 4 juillet), mais elle n’a pas réussi à obtenir la remise en cause du « système ». 

Dirigé de fait par le vieux général Gaïd Salah (79 ans) qui est chef d’État-Major de l’armée depuis 2004, le « système », après avoir emprisonné quelques corrompus notables généralement liés au clan Bouteflika, mais quelques autres opposants aussi, impose, contre l’avis ultra-majoritaire de la population, l’élection présidentielle du 12 décembre : 5 candidats, tous issus du sérail (deux anciens premiers ministres de Bouteflika, deux anciens ministres et un ancien député du FLN) font des meetings dans des salles vides et pérorent sur « l’Unique » (la chaîne télévisée du pouvoir) ; ils sont l’objet de quolibets et de lazzis de la population (A Alger, un groupe de « hirakistes » va jusqu’à nettoyer une place publique à l’eau de Javel après un rassemblement de soutien à l’un des candidats !). 

samedi 14 décembre 2019

Invitation. "Ordre et désordre des territoires", samedi 18 janvier Paris

Cette réunion débat est co-organisée par l’Association Autogestion (AA), l’Association des communistes unitaires (ACU), les Amis de Tribune socialiste (ATS), Cerises, la coopérative, l’Observatoire des mouvements de la société (OMOS), le Réseau pour l’autogestion, les alternatives, l’altermondialisme, l’écologie et le féminisme (AAAEF), le Temps des lilas, l’Union syndicale Solidaires 

Samedi 18 janvier 2020 

De 10h à 17h au Maltais Rouge 40, rue de Malte 75011 PARIS 
(M° Oberkampf et République) 

Problématique 

• L'organisation de nos territoires crée des inégalités et des ségrégations sociales (logement, emploi, niveau de vie, transports, services publics. ...). 

• L'organisation territoriale détruit la nature, les espaces naturels et agricoles ( routes, urbanisation en tache d’huile, circulation ...) et pourrit notre cadre de vie. 

mercredi 4 décembre 2019

"Celle qui n’était pas sage de Geneviève Legay" Avant-propos de Bruno Della Sudda

Le 23 mars 2019, la France découvre Geneviève Legay, âgée de 73 ans, renversée par une charge de police et retrouvée au sol dans une mare de sang, place Garibaldi à Nice. Son nom traverse les frontières. Elle devient un symbole du mouvement des Gilets jaunes et de la répression policière tant dénoncée. 

Deux jours plus tard, dans sa précipitation pour minimiser les faits qui ont choqué le pays, le président de la République commet un mensonge en expliquant que « Geneviève Legay n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ». 

Condescendant, il lui recommande en outre la « sagesse » dont Geneviève serait dépourvue. Quelques semaines plus tard, lors d’un déplacement aux États-Unis, il se croit obligé de revenir sur son cas en affirmant au détour d’une interview que Geneviève n’était certainement pas ce jour-là place Garibaldi pour faire ses courses… Eh bien non, elle n’était pas là par hasard et elle ne faisait pas ses courses… Elle était là pour exercer son droit à manifester et à contester les options gouvernementales. 

Depuis, Geneviève Legay a reçu des milliers de soutiens à l’échelle nationale et internationale, sous les formes les plus diverses. 

Depuis, les brutalités policières dont elle a été la victime prennent une tournure judiciaire : le procureur de la République, trop prompt à disculper la chaîne de commandement de la police, est lui-même démenti par un rapport de la gendarmerie. Ce qui fit dire à l’avocat de Geneviève que « soit le procureur n’avait pas connaissance de ce rapport et alors c’est une faute professionnelle, soit il en avait connaissance mais n’a rien dit et dans ce cas c’est une infraction pénale » (Le Monde). Ce qui fait écrire à L’Express : « Geneviève Legay : le procureur de Nice a menti pour ne pas embarrasser Macron. »

mardi 26 novembre 2019

De COP en COP, le cataclysme se rapproche, par Daniel Tanuro*


La 25e Conférence des parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP25) débutera dans quelques jours à Madrid. Ce sommet devait initialement se tenir à Santiago mais le président chilien a préféré renoncer. Les COP rassemblent couramment 10.000 personnes : il fallait éviter qu’elles puissent témoigner de la sauvage répression policière du soulèvement contre la politique ultra-libérale du gouvernement Piñera. 

Pour rappel, la Convention cadre des Nations Unies a été adoptée lors du sommet de la Terre à Rio, en 1992. Elle fixe pour objectif aux Etats d’empêcher « une perturbation anthropique dangereuse » du climat de la Terre. Le suivi de cet engagement est censé être assuré par les Conférences des parties (COP), qui se réunissent annuellement depuis 1995. Celle de Madrid sera donc la vingt-cinquième.

dimanche 24 novembre 2019

"L'effondrement a commencé. Il est politique" par Alain Bertho


Alors que des révoltes éclatent aux quatre coins du monde, gouverner aujourd'hui s’apparente de plus en plus à mener une guerre ouverte ou larvée contre les soulèvements des peuples et des êtres vivants, pour maintenir coûte que coûte un ordre de plus en plus discrédité. L'anthropologue Alain Bertho revient ici pour Terrestres sur cette « crise de la gouvernementalité » et sur la longue séquence de révoltes apparentées qui en sont à l'origine




« Il faut bien avoir à l’esprit que l’épuisement des possibilités de ce monde signifie tout autant celui de l’action politique qui allait de pair avec lui. » 
 Marcello Tari(1) 

Ne pouvant maîtriser, même au prix d’une répression sanglante, l’immense soulèvement de son peuple, le gouvernement chilien annonce, le 30 octobre 2019, qu’il renonce à organiser la COP 25 originellement prévue du 2 au 13 décembre à Santiago. 

dimanche 10 novembre 2019

Argentine : non à l’expulsion des travailleurs et travailleuses de l’hôtel Bauen

Les travailleuses et travailleurs de l'entreprise récupérée de l'hôtel Bauen sont à nouveau menacé d'expulsion. L'hôtel Bauen est l'une des entreprises emblématiques d'Argentine avec plus de 120 travailleurs/ses. Elle est autogérée depuis bientôt 17 ans. Nous reproduisons ci-dessous le message de solidarité envoyé aujourd'hui même par plusieurs syndicats et associations français.

A l’attention des travailleurs et travailleuses de l’hôtel Bauen (Buenos Aires) 

Face à la nouvelle offensive et tentative du pouvoir pour vous expulser de votre lieu de travail socialisé, prévue pour le 2 décembre, les organisations ci-dessous vous expriment toute leur solidarité. 

samedi 9 novembre 2019

10 novembre, contre l'islamophobie. L'appel d'Isabelle Avran

Le 10 novembre 1943, quatre membres d’une famille devenue marseillaise étaient arrêtés par la gestapo. Mon père, adolescent, sa mère et deux jumeaux, sa sœur et son frère. Depuis trois mois déjà, ils recevaient de temps en temps une chemise tachée de sang de leur mari et père, arrêté par la police de Vichy et détenu aux Baumettes. 

Un commissaire de police, l’un des rares qui participaient alors à la Résistance, avait permis à mon père et à son frère de travailler dans une petite imprimerie où ils pouvaient imprimer de faux papiers. 

Ce 10 novembre, en rentrant manger chez eux, la Gestapo les attendait. 

La suite : Drancy, Auschwitz, puis en mai 1945, le retour d’un seul, toujours adolescent, revenu de la mort, dont la survie à elle seule dirait la résistance, comme un combat qu’il poursuivrait ensuite contre tous les racismes, contre toutes les tentatives de déshumanisation de l’autre, contre toutes les dominations, notamment coloniales. 

Sang Autochtone : pas une goutte de plus ! Conférence publique Mardi 12 novembre 19h/21h

L’Articulation des Peuples Autochtones du Brésil (APIB), en partenariat avec des organisations de la société civile française dont Autres Brésils, Greenpeace France, Amnesty International France, Amazon Watch, Survival International, Weaving Ties, Nature Rights, Collectif Mario Pedrosa, Alerte France-Brésil, vous invite à une conférence en présence des représentant.e.s des peuples autochtones du Brésil le mardi 12 novembre à 19h. 

Inscription obligatoire ici Salle Jean Dame 17 rue Léopold Bellan, Paris 75002 

Entre le 17 octobre et le 20 novembre 2019, la campagne « Sang Autochtone : pas une goutte de plus », menée par des dirigeants autochtones brésiliens, se déroulera dans 12 pays européens dont la France. 

lundi 28 octobre 2019

Santé, pour des luttes victorieuses. Débat samedi 30 novembre Paris. Invitation

Réunion – Débat Santé, pour des luttes victorieuses 
Samedi 30 novembre 2019 
de 9h30 à 17h au 31 rue de la Grange aux Belles 75010 Paris 
(Métro Fabien) 

co-organisé par l’Association Autogestion (AA), l’Association des communistes unitaires (ACU), les Amis de Tribune socialiste (ATS), Cerises, la coopérative, l’Observatoire des mouvements de la société (OMOS), le Réseau pour l’autogestion, les alternatives, l’altermondialisme, l’écologie et le féminisme (AAAEF), le Temps des lilas, l’Union syndicale Solidaires 

Problématique 

Les personnels hospitaliers exigent les moyens humains et financiers pour que l’hôpital public réponde aux besoins de santé. Elles/ils dénoncent la gestion managériale, la souffrance au travail et la dégradation des soins. Les urgences et les hôpitaux psychiatriques sont au bord de l’implosion.