dimanche 13 janvier 2019

Report de la réunion du 26 janvier : Victoire à Notre Dame des Landes et maintenant, quelles alternatives ?

Le Réseau AAAEF est une association ayant pour objet principal la réflexion et l’élaboration en particulier sur les nouvelles formes d’auto-organisation et d’expérimentations alternatives et autogestionnaires sur les terrains sociaux et politiques. Bref c’est une association militante. 

Aussi dans une période où l’actualité est dominée par la persistance du mouvement populaire des Gilets Jaunes -au sujet desquels plusieurs contributions ont été publiées sur le site du Réseau-, il nous semble préférable d’être présent-e-s sur le terrain pour à la fois participer à notre niveau et voir ce qu’il s’y passe, plutôt que de rester de simples spectateurs/trices.Il nous semble aussi que cette démarche sera sans doute celle de beaucoup de celles et ceux qui envisageaient de participer à notre réunion. Il est donc plus raisonnable de reporter cette réunion du 26 Janvier à une date ultérieure et dans les meilleurs délais possibles en fonction de l’actualité et de la disponibilité des invité-e-s. Sachant qu'à ce stade, nul ne peut prédire ce qui va se passer dans les semaines qui viennent 

L’équipe d’animation du Réseau

Présentation de son livre et débat avec Ofra Yeshua-Lyth jeudi 31 janvier , 18h au Maltais Rouge

« Pourquoi le camp de la paix a t-il échoué ? » interrogeait-on un militant israélien antisioniste. Il répondit : « Car la gauche sioniste avait un rêve : revenir à un petit État gentil et beau. Or, un État de ce genre n’a jamais existé. » 

La gauche sioniste au pouvoir depuis 1948 jusqu’en 1977 a présenté au monde occidental cette idée paradoxale que l’État d’Israël − tout en étant juif − est aussi démocratique et que le seul tort de l’État serait la détention des territoires occupés qu’il suffirait de céder en échange de la paix. 

Ofra Yeshua-Lyth, en nous racontant les débuts du sionisme et de l’État d’Israël puis en disséquant les Israéliens à travers sa propre vie (jeunesse dans les quartiers nord de Tel-Aviv, journalisme à Maariv, militantisme à Shalom Archav), explique : « … Notre société n’a jamais été aussi progressiste et éclairée comme on nous l’a fait croire… La plupart des Juifs immigrants en Palestine au XIXe siècle et au début du XXe étaient issus de communautés strictement orthodoxes… [un Israélien] c’est quelqu’un entré dans une prétendue laïcité en quittant l’orthodoxie la plus stricte. » 


Aussi, quand la gauche sioniste insiste pour une solution à deux États, Ofra Yeshua-Lyth n’y voit qu’un moyen de préserver le séparatisme du sionisme directement inspiré du judaïsme, un État juif et un État non-juif (les non-juifs de la Palestine historique). Il faut donc d’après elle débattre d’urgence de la nature même de l’État juif. 

Nous vous proposons de venir l’écouter nous présenter son livre : Pourquoi un État juif n’est pas une bonne idée (éditions Scribest, 2018) 
• Le 31 janvier prochain à l’espace Le Maltais rouge 40 rue de Malte, Paris 11e, de 18 à 22 heures, 

mercredi 9 janvier 2019

Gilets Jaunes : réactions de Pierre Khalfa et de Jean-Marie Harribey au texte d'Emmanuel Terray

Réaction Pierre Khalfa 

Le texte d’Emmanuel Terray est très intéressant en ce qu’il montre bien, malgré lui, les impasses d’un cadre de réflexion marqué par un marxisme, qui, ici en l’occurrence, fleure bon son orthodoxie. Cela est d’autant plus surprenant qu'Emmanuel Terray a écrit par ailleurs de nombreux textes passionnants sur la question de la démocratie qui auraient dû lui permettre de mieux appréhender ce mouvement. Quelques remarques critiques donc. 

1. Julien l’indique, Emmanuel Terray assimile les employés du secteur public ou du secteur privé à une petite bourgeoisie salariée. Petits bourgeois, ils n’entrent donc pas dans un rapport d’exploitation. Les Uberisés devraient apprécier. A partir de là, il peut évidemment affirmer que la petite bourgeoisie joue dans le mouvement un rôle dominant. Assez logiquement alors, ce sont les plus petits bourgeois des petits bourgeois qui dominent, les indépendants. 

mardi 8 janvier 2019

Gilets jaunes : 4 exigences, face à 3 peurs infondées, par Dominique Taddei

Le mouvement des Gilets jaunes, comme tous les grands mouvements sociaux et culturels apparus brusquement, relève d’une dynamique non-linéaire. Nous entendons par là trois choses : 

- D’abord, son déroulement est inévitablement chaotique, même si en ce début janvier, il est logiquement reparti à la hausse… et pour durer bien plus longtemps que le pouvoir ne le pensait ; 

- Ensuite, son destin final est évidemment imprédictible ; 

- Enfin, et surtout, un simple battement d’ailes de papillon (plus vraisemblablement, un seul geste citoyen) peut en modifier le cours. 

Dans ce déroulement problématique, la dialectique présente de la situation s’organise autour de quatre exigences prioritaires, auxquelles le pouvoir, derrière l’écran de fumée d’un pseudo dialogue, ne sait opposer que trois grandes peurs manifestement infondées. 

lundi 7 janvier 2019

Quelques réflexions sur le mouvement des « gilets jaunes », par Emmanuel Terray.

Tous les observateurs ont souligné le caractère socialement composite du mouvement des gilets jaunes. Pour le dire en termes plus simples, il s’agit d’un mouvement populaire, ce qui signifie qu’il est produit par la coalition de plusieurs classes. 

Quelles sont ces classes ? On trouve parmi les gilets jaunes des ouvriers, actifs ou retraités ; des membres de la petite bourgeoisie salariée, employés du secteur public ou du secteur privé, actifs ou retraités ; et enfin des membres de la petite bourgeoisie indépendante, artisans, commerçants, petits patrons. 

Dans tout ensemble de ce genre, un élément est dominant et les autres sont dominés. En d’autres termes, un élément exerce l’hégémonie, intellectuelle et politique ; il impose aux autres sa vision du monde, ses objectifs, ses moyens d’action et ses conceptions en matière d’organisation. 

mardi 25 décembre 2018

La leçon des gilets jaunes aux gilets rouges, par Jacques Bidet


La mobilisation de ces dernières semaines doit servir de leçon à la gauche populaire, incapable de surmonter ses divisions. Plutôt que de multiplier les partis et les mouvements, elle doit constituer des collectifs locaux, lieux de débats et d'action citoyenne. Tribune. 

La «gauche populaire», appelons ainsi celle qui s’est retrouvée sur le vote Mélenchon à la présidentielle de 2017, a vu les gilets jaunes reprendre une bonne part de ses revendications. Et pourtant elle n’en ressort pas revigorée. A-t-elle vraiment compris la leçon qui lui a été administrée ? Elle prétend «donner le pouvoir au peuple». Mais elle est elle-même incapable de le laisser à son propre «peuple». 

vendredi 21 décembre 2018

Les Migrations à rebours des idées reçues. Entretien avec François Héran


Le démographe François Héran, titulaire de la chaire Migrations et sociétés au Collège de France, bat en brèche nos idées reçues sur les migrations et explique à CNRS Le Journal pourquoi, avec plus de 800 autres chercheurs, il appelle à la création d’un Giec des migrations. Entretien réalisé par Laure Cailloce

 Vous êtes démographe, vous dirigez l'Institut Convergences Migrations1, et vous avez passé la majeure partie de votre carrière entre l’Institut national d’études démographiques (Ined) et l’Insee. Depuis quand travaillez-vous sur le sujet des migrations ? 

François Héran : J’ai découvert le sujet des migrations en 1976. Après des études de philosophie, j’ai fait une thèse d’anthropologie sur les transformations de la grande propriété agraire en Andalousie depuis le XVIIIe siècle, ce qui m’a amené à m’intéresser aussi aux micropropriétaires qui vivaient en marge du système et qui, à cette époque, étaient nombreux à émigrer.

jeudi 20 décembre 2018

De la démocratie économique, vers la démocratie totale. Débat le 19 janvier à Paris


Réunion – Débat Samedi 19 janvier 2019, de 9h30 à 17h 

31, rue de la Grange aux Belles 75010 Paris 
Métro ligne 2, Colonel Fabien ; 
bus 75 ou 26 

Ce débat est co-organisé par l’Association Autogestion (AA), l’Association des communistes unitaires (ACU), les Amis de Tribune socialiste (ATS), Cerises, l’Observatoire des mouvements de la société (OMOS), le Réseau pour l’autogestion, les alternatives, l’altermondialisme, l’écologie et le féminisme (AAAEF), le Temps des lilas et l’Union syndicale Solidaires. 

La récente séquence des Gilets jaunes a mis à nu une aspiration à la démocratie face aux décisions d’un pouvoir dépourvu d’une quelconque assise populaire. Au-delà de la satisfaction de revendications relatives au pouvoir d’achat, une proposition de référendum d’initiative citoyenne semble émerger. 

Emanciper le travail.. la vidéo du débat du 29 novembre


Jeudi 29 novembre 2018, une soirée débat s’est tenue sur le thème « Emanciper le travail ? » avec pour invités, Alexis Cukier, auteur de Le travail démocratique, édité par les Presses universitaires de France, et Thomas Coutrot, auteur de Libérer le travail, Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer, édité par les Éditions du Seuil. 

Nous publions ici la vidéo de cette soirée.

mercredi 19 décembre 2018

Réunion nationale du Réseau samedi 26 janvier 2018


Cette réunion aura lieu au Maltais Rouge 40 rue de Malte 75011 Paris métros Oberkampf ou république et se déroulera en deux temps. 

Le matin AG annuelle de l’association de 9 h 30 à 12 h. 

Bilan des activités de l’association en 2018 soit en tant que Réseau soit dans le cadre du regroupement avec des associations ou mouvements proches dont Solidaires participation aux activités et réunions des « associations émancipatrices ». 

Projet du nouveau journal électronique Cerises la coopérative. 

« Gilets jaunes » : une enquête pionnière sur la « révolte des revenus modestes »


Article paru initialement dans le Journal Le Monde

Collectif, Le Monde, 12 décembre 2018

Un collectif de chercheurs présente, dans une tribune au « Monde », les premiers résultats d’une étude détaillée qui s’appuie sur 166 questionnaires distribués sur des ronds-points et lors de manifestations.

Une équipe de 70 universitaires mobilisée

Collectif d’universitaires, nous avons lancé, dès la fin du mois de novembre, une enquête de terrain pour comprendre le mouvement des « gilets jaunes ». Nous sommes allés les rencontrer dans différentes régions de France, dans les manifestations et sur les ronds-points. Nous livrons ici les premiers résultats sur les profils et les motivations qui apparaissent derrière les « gilets jaunes ».

Le 21 octobre, Priscillia Ludosky crée une pétition en ligne « Pour une baisse des prix du carburant à la pompe ! ». Rapidement et massivement diffusée sur les réseaux sociaux, relayée par les médias, la pétition atteint 200 000 signataires en quelques jours, et plus de 1 million aujourd’hui.

mardi 18 décembre 2018

Premier retour sur des samedis "jaunes", par Eugène Bégoc

Dans le cadre des discussions actuelles sur l'analyse de la séquence politico-sociale initiée par les Gilets Jaunes et sur ses conséquences, le Réseau a déjà publié un certain nombre d'analyses donnant un éclairage souvent positif sur le mouvement en cours.
Cet éclairage positif se justifie sur le fond par la trajectoire du mouvement des gilets jaunes, au-delà de sa phase initiale marquée par de profondes ambigüités. Celles-ci n'ont certes pas disparu -et nous savons que ce qui est pointé en Picardie peut l'être ailleurs aussi- mais elles ont été largement débordées dans de très nombreux territoires par une problématique sociale très marquée et tendanciellement égalitaire qu'il est impossible d'ignorer.
C'est cette trajectoire, traduite dans l'enquête sociologique publiée par "le Monde", qui rendait à la fois possible et indispensable la jonction avec le mouvement syndical et le mouvement lycéen. C'est ce à quoi se sont attaché.e.s, dans tel secteur ou telle ville, bon nombre de militant.e.s de gauche et à juste titre, malgré de réelles difficultés. Cette jonction, partielle et limitée, montrait la voie. C'est à cela qu'il faudra s'atteler à l'avenir, en réfléchissant collectivement aux modalités de construction d'une telle jonction, si l'on veut tirer des enseignements féconds de la séquence que nous venons de vivre et si nous voulons préparer l'avenir.

lundi 17 décembre 2018

A Saint-Nazaire: "Je ne suis pas en lutte, je suis une lutte", par Pierre-Yves Bulteau (Mediapart.fr)


L’ancienne sous-préfecture de la ville de Loire-Atlantique a fait place à une réquisition citoyenne. Le lieu a été baptisé « Maison du peuple ». De façon autogérée, on y discute du sens de la démocratie, comme de l’impact de la lutte sur ceux qui la mènent. Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), de notre envoyé spécial. 

« Je ne suis pas en lutte, je suis une lutte. » 

Jonathan, que tout le monde ici appelle affectueusement Yoyo, est un gaillard aux cheveux gominés, à la voix voilée par les gaz lacrymos respirés et les centaines de roulées grillées. Alors qu’il était en train de monter un restaurant avec son frère, il a tout arrêté. « Tellement j’ai trouvé en ce lieu du cœur et de l’humanité. » 

mardi 11 décembre 2018

Gilets jaunes : crépuscule du parlementarisme, par Alain Bertho



Nous assistons à l’émergence d’une mobilisation politique de type nouveau. Les gilets jaunes se placent en interlocuteurs directs de l’exécutif. Telle est la logique contemporaine de coupure entre l’Etat et les peuples, d’effondrement des formes représentatives de démocratie. Les gilets jaunes sont pleinement de leur temps, celui des printemps arabes, des places occupées et des ZAD.

Depuis quelques semaines nous assistons en direct à l’émergence d’une mobilisation politique de type nouveau. Et depuis quelques semaines gouvernement et partis partagent une erreur de diagnostic : cette mobilisation ne serait qu’un cri de colère, un mouvement social spontanée qui verrait sa vérité dans sa seule sociologie. Peuple des campagnes et des petites villes, France des "territoires" oubliés ? Sans doute. Mais surtout et d’abord mobilisation collective durable et populaire bien au-delà des truismes sociologiques.

Les enjeux d'une explosion sociale, par Arthur Leduc


On peut faire le constat d'une crise politique majeure, une véritable crise de régime. Alors que le pouvoir avait tenu droit dans ses bottes face aux manifestations contre la loi travail, face aux mobilisations des cheminot-e-s, pour la première fois, il recule. Même si c'est pour lâcher des miettes, c'est symbolique de la peur qui a saisi le pouvoir. Peur qui se voit aussi dans les flottements, les contradictions dans les annonces faites pour essayer de mettre fin à la situation.

On a donc sous les yeux une véritable explosion sociale. Cela se traduit par une radicalisation de la répression, des menaces de recourir à l'armée et à l'état d'urgence. Il y a une véritable fuite en avant répressive qui vise a écraser les mobilisations et qui révèle une aggravation autoritaire très dangereuse. Mais la possibilité de la chute de Macron est réelle d'autant que des secteurs de l'appareil d'État semblent fragilisés avec une « grogne » chez les policierˑeˑs et des arrêts maladies en cascade chez les CRS. Les préfets eux-mêmes expriment quasi-publiquement des inquiétudes ce qui est révélateur de la crise du pouvoir.