mercredi 12 mai 2021

Leur anti-impérialisme et le nôtre, par Gilbert Achcar


Les trois dernières décennies ont été marquées par une confusion politique croissante quant au sens de l’anti-impérialisme, une notion qui, en soi, n’avait été que peu débattue auparavant. Deux raisons principales expliquent cette confusion : la fin victorieuse de la plupart des luttes anticoloniales postérieures à la Seconde Guerre mondiale et l’effondrement de l’URSS. 

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Impérialisme et anti-impérialisme durant la guerre froide

Pendant la guerre froide, les États-Unis et les puissances coloniales occidentales alliées ont mené directement plusieurs guerres contre des mouvements ou des régimes de libération nationale, ainsi que des interventions militaires plus limitées et des guerres par procuration. Dans la plupart de ces cas, les puissances occidentales s’affrontaient à un adversaire local soutenu par une large base populaire. S’opposer à l’intervention impérialiste et soutenir ceux qu’elle visait semblait aller de soi pour les progressistes – la seule question était de savoir si ce soutien devait être critique ou sans réserve.

mardi 4 mai 2021

2022 : "l'étrange défaite" qui vient !, par Alain Bertho


Pour Marc Bloch, auteur de L’Étrange défaite, la cause de la débâcle de juin 1940 n’était pas seulement militaire mais d’abord politique. De la même façon, le désastre annoncé de printemps 2022 n’est pas seulement de nature électorale. La débâcle de la démocratie se construit depuis des mois par une sorte de capitulation rampante et générale face à l’extrême droite.

jeudi 29 avril 2021

Se fédérer : l'intervention du Resaeu

 

Intervention faite par Bruno Della Sudda, écrite en concertation avec Jean Louis Griveau et Henri Mermé lors de la réunion en visio conférence organisée par
l’appel « Se Federer » dimanche matin 18/0/2021 sur le thème :
 2022, quels enjeux, quelle stratégie pour les anticapitalistes 

 

Avant d'en venir à 2022, quelques mots sur le contexte général. Nous sommes dans une situation extrêmement paradoxale. Malgré la crise sanitaire, et après la sidération qui a marqué le début du premier confinement, les mouvements sociaux et les mobilisations citoyennes gardent une vigueur qui n'est pas négligeable. Le niveau de conflictualité sociale reste significatif et pas seulement pour des luttes (défensives) en défense de l'emploi (il y a aussi des luttes pour les salaires).  En fait, depuis plusieurs années, depuis la mobilisation contre la loi "El Khomri", il y a un mouvement social rampant et des mobilisations citoyennes sous diverses formes (Gilets Jaunes, Notre Dame des Landes, mouvement contre la casse des retraites etc). Dans la dernière période les mobilisations pour le climat, pour la journée internationale pour les droits des femmes, les manifestations contre la stigmatisation des habitant.e.s des quartiers populaires et singulièrement contre l’islamophobie systémique et contre les lois liberticides ont aussi été des temps forts. Il y a une vraie colère sociale, liée en partie à la gestion de la crise sanitaire par la Macronie, même si cette colère a du mal à s'exprimer pleinement du fait des contraintes liées à la situation sanitaire. 

jeudi 22 avril 2021

Langues régionales : clarté et réponses aux réticentes et réticents, par Gilbert Dalgalian



1 – Les associations telles que Diwan, les Calandretes, les Ikastolas, ABCM-Zweisparchikeit et quelques autres ne sont en aucun cas assimilables au secteur privé : elles se sont constituées pour pallier l’inaction de l’Etat, évidente malgré les dénégations gouvernementales et en dépit de notre attachement à la défense du service public.

2 -Les associations ont en outre le mérite d’avoir incité l’Education nationale à inventer ses propres ‘contre-feux’ en ouvrant ses propres filières bilingues dès la maternelle. Dans ce cas avec une parité horaire entre français et langue régionale et parfois un début en immersion en maternelle.

3 – Contrairement à ce que disent ou sous-entendent ses détracteurs, l’immersion n’est jamais pratiquée dans le sens d’une submersion et d’une éradication larvée du français, mais dans le respect des rythmes et des réactions des enfants. Elle se justifie comme un dispositif compensatoire pour rééquilibrer les temps de pratique des deux langues, sachant que le français est omniprésent dans le quotidien des élèves.

vendredi 16 avril 2021

vendredi 9 avril 2021

Inde. Des luttes populaires actives, durables et auto-organisées débouchant sur des éléments de double pouvoir


Les luttes sociales qui de déroulent en Inde depuis plusieurs mois constituent un évènement considérable même si ça n’est guère apparu dans les grands media.  On a pu lire qu’il s’agit du mouvement social numériquement le plus important des 21ème et 20ème siècle, ce qui est vrai, ceci étant lié au statut de l’Inde « plus grande démocratie du monde » avec   une population se situant au deuxième rang mondial. 

L’Inde est un état fédéral, avec un pouvoir réel   des gouvernements régionaux. Ceci entraine des disparités importantes dans les politiques menées par exemple entre   New Delhi et le Kerala seul Etat dirigé par le Parti communiste d’Inde (marxiste). Le gouvernement actuel du pays est dirigé par Narendra Modi du BJP, parti nationaliste, qui a profité de l’épuisement du Parti du Congrès dirigé depuis l’indépendance par la « famille » Gandhi Nehru.

jeudi 25 mars 2021

Des mobilisations et des pratiques alternatives au projet de société - Débat jeudi 8 avril


La réunion du 5 février  a permis de faire le point sur différentes mobilisations et  pratiques alternatives  basées sur l'auto-organisation et la volonté de leurs acteur·rices de faire par elles et eux-mêmes. C’est d’ailleurs bien souvent le point de départ de ces mouvements alternatifs. La discussion a montré également que la sphère de la politique traditionnelle restait ignorante à l’égard de ces pratiques sans que cela implique de la part des participant·es un rejet de la politique. Nous nous sommes arrêté·es devant la question de ce que portent ces mobilisations en terme de redéfinition d’un projet politique.

Nous en sommes là.

Afin que, comme nous l’avions souhaité, cette séance de travail collectif ne soit pas une rencontre sans lendemain, mais l’ouverture d’un chantier, nous vous proposons de nous revoir en prolongeant le débat :

jeudi 18 mars 2021

Algérie : deux ans après le début du Hirak, par Jacques Fontaine

A partir de février 2019, l’Algérie a connu un soulèvement populaire d’une force et d’une durée
inédites. Pendant plus d’une année, plusieurs fois par semaine, des manifestations ont regroupé des dizaines de milliers, des centaines de milliers et exceptionnellement des millions de personnes. Comment expliquer ce phénomène qui peut être qualifié d’extraordinaire, au sens premier du mot ? Mais le
Hirak, malgré son ampleur, sa durée, sa détermination n’est pas sorti vainqueur de son affrontement avec le pouvoir militaire. Et la pandémie de la Covid 19 a interrompu ce mouvement révolutionnaire et  facilité le développement d’une répression déjà bien commencée. Mais le Hirak n’est pas seulement un mouvement, c’est d’abord une idée, et cette idée n’est pas morte ainsi qu’en témoignent les multiples manifestations du 22 février dernier, second anniversaire de la première grande manifestation du Hirak (ce qui a été appelé acte 105 du Hirak).

lundi 22 février 2021

Après le FSM 2021 : les défis de l’altermondialisme et des Forums Sociaux Mondiaux


Intervention de Gustave Massiah à la session du Conseil International du 21 février 2021

1.   Partir d’une étape réussie du renouvellement des Forums sociaux mondiaux

Le FSM virtuel de janvier 2021 s’est très bien passé, beaucoup mieux qu’on n’aurait pu le craindre compte tenu de la situation générale, des contraintes de la pandémie et du temps très court de préparation. 

Les données sur la participation (9500 inscrits de 144 pays dont 1300 associations ; et 800 activités, dont près de 150 sur des initiatives et des mobilisations) sont disponibles à partir du lien suivant : 

Le Forum a été confronté, du fait de la pandémie, à la nécessité d’organiser un forum virtuel.

Le numérique ouvre de nouvelles contradictions. Il permet certes des échanges internationaux sans vols internationaux et sans visas. Mais il manque la force des rencontres et le caractère festif et créatif du présentiel.

La démarche engagée par le Conseil International a été de mettre en avant de nombreux réseaux internationaux qui rappellent la nécessité d’une dimension internationale. Malgré les limites, qu’il faut analyser, cette démarche et l’engagement des trois groupes de travail (Facilitation, communication, finances) a permis de réussir cette étape de renouvellement des Forums sociaux mondiaux).

FSM : déclaration de l’assemblée des mouvements sociaux et pacifistes

Alors que nous entamons une nouvelle décennie, la pandémie mondiale de Covid-19 continue de produire des victimes et de dévaster les économies du monde entier. Les conséquences du virus et l’aggravation de l’urgence climatique accroissent les inégalités sociales partout dans le monde. La lutte contre ces deux crises est la lutte pour la survie de l’humanité, de nos vies et de nos moyens de subsistance, pour la dignité humaine. Cette année est cruciale pour faire face à ces deux crises. 

Dans le passé, des mouvements populaires ont mis en avant la nécessité d’un changement de système, ce qui a amélioré la vie de millions de personnes, en particulier la majorité des peuples marginalisés. Par exemple, les mouvements ouvriers, féministes, de justice sociale, de lutte contre l’esclavage et le racisme, de libération, de paix, de jeunesse, environnementaux, écologiques, paysans et indigènes ont souvent réussi, grâce à leurs luttes, à changer l’histoire. 

vendredi 29 janvier 2021

Se retrouver, se fédérer ! Rencontre autour du postcapitalisme le dimanche 7 février : quelles stratégies et alternatives tangibles ?


Après plusieurs soirées thématiques consacrées à des enjeux stratégiques, Se fédérer propose une rencontre en ligne le dimanche 7 février, sous la forme d'une assemblée de discussion, pour mettre en partage les avis, souhaits, réflexions et pratiques concrètes des signataires de l'appel. Elle se déroulera en trois temps : plénière d'échange collectif, ateliers thématiques, plénière de restitution et de conclusions. Le thème qui structurera la rencontre nous paraît décisif : comment envisageons-nous le postcapitalisme ?

 

La situation que nous traversons est pétrie de contradictions : d'un côté elle est rude, terrible à certains égards, parfois désespérante ; mais de l'autre, elle est aussi porteuse d'alternatives tangibles, de pratiques concrètes en rupture avec la logique écrasante de l'autoritarisme politique et de la marchandisation généralisée. C'est pour contribuer à la mise en commun de ces alternatives que Se fédérer s'est constitué. Nous avons plus que jamais besoin de nous retrouver pour en parler, échanger, rendre vivants nos espoirs et nos projets.

 

Guy Giani, militant de l'autogestion. Hommage


Notre camarade Guy Giani est décédé le 26 janvier dernier à Mouans-Sartoux, Alpes Maritimes, où il résidait. Il avait 65 ans. Nous publions ci-dessous un premier hommage de son ami et camarade Bruno Della Sudda. Une cagnote vient d'être mise en ligne pour venir en aide aux enfants de Guy
https://www.leetchi.com/fr/c/wzGJLo25


"Guy avait commencé son parcours militant à Cannes, alors qu'il était lycéen.

Il avait adhéré aux JC et avait été élu délégué des JC des Alpes-Maritimes au festival mondial de la jeunesse de Berlin en 1973.

mercredi 20 janvier 2021

Que nous disent les luttes, les mobilisations populaires et les pratiques alternatives ? Débat vendredi 5 février 18h


Que nous disent aujourd'hui, dans une perspective  post-capitaliste, les luttes, les mobilisations populaires et  les pratiques alternatives ? En quoi contribuent-elles à une  redéfinition de la politique? 

  Loi "travail", luttes contre les grands projets inutiles, gilets jaunes, mouvement contre la casse des retraites, marches pour le climat, mobilisations anti-racistes et contre les violences policières, mouvement féministe... Ces dernières années ont été riches en mobilisations sur des champs sociaux et sociétaux très divers.  

vendredi 15 janvier 2021

Quels sont les enjeux du FSM 2021 par rapport à la situation mondiale ?


Les enjeux du Forum Social Mondial 2021[1] sont considérables. Dans une situation mondiale profondément contradictoire, il doit permettre de : redéfinir une proposition altermondialiste correspondant à la nouvelle situation ; comprendre les contradictions nouvelles du système mondial ; partir des mouvements pour résister, définir les alternatives, construire un nouveau projet d’émancipation.

Prendre en compte une situation mondiale contradictoire

Le choc de la pandémie et du climat a accentué les ébranlements de la crise financière et politique de 2008 qui s’était traduite par une évolution austéritaire, combinant austérité et autoritarisme, du néolibéralisme. Les contradictions économiques et financières, sociales, écologiques, démocratiques, idéologiques et géopolitiques atteignent un niveau inconnu historiquement.

La situation est profondément contradictoire au niveau mondial et dans de nombreux pays, comme l’a encore illustré la situation chaotique des Etats-Unis. L’austéritarisme risque d’évoluer vers néolibéralisme dictatorial, avec des idéologies identitaires et sécuritaires, porté par des couches sociales que la peur du déclassement et l’insécurité font basculer vers les droites extrêmes en laissant des marges de manoeuvre à des milices fascistes. Les nationalismes virulents sont à l’offensive, les régimes dictatoriaux se multiplient et plus d’un milliard de personnes vivent dans des régions en guerre. A l’inverse, des mouvements profonds démontrent des volontés de changement radical : le mouvement des femmes remet en question des rapports millénaires ; le mouvement de l’urgence climatique fait exploser les certitudes sur la conception du développement fondé sur la croissance productiviste ; le mouvement contre le racisme et les discriminations, à l’exemple de mouvements comme Black Lives Matters, les afro-féministes brésiliennes, les peuples autochtones, met en avant la décolonisation inachevée. Quels sont les enjeux du FSM 2021 par rapport à la situation mondiale ?

jeudi 7 janvier 2021

"La Laïcité n'est pas une injonction à l'athéisme". Débat


Par
RACHIDA EL AZZOUZI . Médiapart.fr

Réunis pour une conférence intitulée « Liberté d’expression, laïcité, blasphème : à qui profite l’instrumentalisation ? », les islamologues Olivier Roy et Haoues Seniguer, ainsi que la diplomate Leïla Shahid, ont déploré que l’on « chasse le religieux de l’espace public ».

 La décapitation d’un enseignant de l’école de la République, Samuel Paty, pour avoir montré des caricatures du Prophète Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression et exercé son métier, a provoqué une onde de choc durable en France et au-delà. 

Ce nouvel attentat, commis en octobre à la veille des vacances scolaires par un jeune radicalisé de nationalité russe et d’origine tchétchène, a encore exacerbé les débats en France sur la laïcité et l’islam, à l’heure du procès des attentats de 2015, dont celui ayant visé Charlie Hebdo, et d’une multiplication d’attaques terroristes

L’Iremmo, l’Institut d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, a réuni deux islamologues – Olivier Roy et Haoues Seniguer –, ainsi qu’une diplomate – Leïla Shahid –, pour débattre de ce sujet éminemment sensible lors d’une conférence virtuelle intitulée : « Liberté d’expression, laïcité, blasphème : à qui profite l’instrumentalisation ? » (à voir ici).

 

Leïla Shahid est diplomate palestinienne, ancienne ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne. Elle observe depuis 25 ans l’évolution en France des questions d’islam et de laïcité.

 

Haoues Seniguer est maître de conférences en science politique à Sciences-Po Lyon, directeur adjoint de l’Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman, auteur de L’Islamisme décrypté (L’Harmattan, 2020)

 

Olivier Roy est politologue, spécialiste des religions, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’EHESS. Il dirige le programme Méditerranée de l’Institut universitaire européen de Florence, en Italie. Il est l’auteur de L’Islam mondialisé (Seuil, 2002), de La Laïcité face à l’islam (Stock, 2005), de Le Djihad et la mort (Points Essais, 2016), ou encore de L’Europe est-elle chrétienne ? (Seuil, 2019).